Identifier les déchets marins

Afin d’analyser et de suivre l’évolution sur le long terme de la pollution liée aux déchets, le Parc naturel marin réalise plusieurs suivis. Ces derniers permettront également d’évaluer l’efficacité de mesures telles que l’interdiction au niveau national de certains déchets (sac plastique à usage unique, coton-tige, etc.) ou d’actions plus locales relatives à la lutte contre les pollutions plastique.

Suivre les déchets sur le littoral

Les agents du Parc naturel marin mènent plusieurs suivis pour suivre et caractériser les déchets : suivis des macrodéchets et des microplastiques sur le littoral.

Les macrodéchets

Réalisé depuis deux ans sur deux plages, le suivi des macro-déchets permet l‘analyse de l’évolution de cette pollution sur le long terme.

Le protocole de suivi utilisé par le Parc consiste, mensuellement, à ramasser, trier, compter, caractériser tous les déchets échoués sur
un linéaire de 100 m de plages.

Deux plages ont été retenues, répondant aux caractéristiques requises par le protocole européen, l’une sur la côte sableuse (La Crouste), l’autre sur la côte rocheuse (Le Fourat).

Ces deux plages constituent deux des six sites de la façade méditerranéenne pris en compte par la France pour l’évaluation de la pollution par les déchets au niveau européen dans le cadre de l’application de la Directive cadre Stratégie Milieu Marin (DCSMM). 

Suivi des macro-déchets par les agents du Parc naturel marin

Ramassage des déchets sur la plage de La Croust (Saint-Marie-la-Mer) suivant un protocole scientifique.

Gilles Esposito / Office français de la biodiversité

Ramassage des déchets sur la plage de La Croust (Saint-Marie-la-Mer) suivant un protocole scientifique.

Gilles Esposito / Office français de la biodiversité

Suivi des macro-déchets - tri

Tri des déchets après un ramassage par les agents du Parc

Marc Dumontier / Office français de la biodiversité

Tri des déchets après un ramassage par les agents du Parc

Marc Dumontier / Office français de la biodiversité

Un total de 51 423 déchets ont été comptabilisés depuis 2016. Le nombre moyen de déchets récoltés mensuellement sur 100 m de plage varie entre 264 (Fourat) et 806 (La Crouste) avec un maximum de 4 308 ! La plus forte densité sur la plage de La Crouste pourrait être liée à la proximité de l’embouchure de la Têt.

À l’échelle de la façade méditerranéenne, le site du Fourat présente des valeurs correspondant au niveau de base défi ni par la convention de Barcelone, alors qu’à La Crouste la quantité est supérieure à ce même niveau de base. 75% des déchets sont des plastiques. Cette proportion est similaire sur les deux plages.

Les microplastiques

Après une étude en collaboration avec le CEFREM sur la répartition spatiale et temporelle des microplastiques sur les plages, le Parc test un protocole, élaboré par le CEDRE, qui a pour vocation à être déployée à l’échelle nationale pour le suivi dans le cadre de la DCSMM. 

Littoral sableux

Plage de sable du côté d'Argelès-sur-Mer

Emmanuelle Rivas

Plage de sable du côté d'Argelès-sur-Mer

Emmanuelle Rivas

Suivre les déchets en mer

Le protocole de suivi en mer des déchets flottants est basé sur des recommandations européennes. Il consiste à comptabiliser, à partir d’un navire, tous les déchets observés sur une largeur fixe et à une vitesse définie afin de calculer des densités par unité de surface. 

Pollution de l'eau

Macro-déchet retrouvé au large, en mer

Louis de Vries / Office français de la biodiversité

Macro-déchet retrouvé au large, en mer

Louis de Vries / Office français de la biodiversité

Les données acquises depuis 2017 permettent d’estimer une valeur de l’ordre de 280 déchets par km². Cette densité peut être considérée comme moyenne en comparaison aux quelques études récentes indiquant des densités comprises entre 0 et 600 déchets/ km² sur l’ensemble de la Méditerranée. 

Cependant, la majeure partie des suivis se font sur la frange côtière (0 - 6 milles nautique). L’accès au large est plus difficile du fait des contraintes météorologiques et matériel (armement des navires).

Les premières données acquises sur l’ensemble du Parc semblent montrer des variations importantes de densité et peut-être une saisonnalité. Il convient de poursuivre ces suivis sur l’ensemble des 4 000 km² du Parc pour confirmer ces hypothèses

Suivi dans les engins de pêche

Si l’impact des déchets sur la faune est assez bien connu, la répercussion sur l’activité de la pêche l’est moins. Certains déchets peuvent se prendre dans les engins de pêche et gêner cette activité. Afin d’évaluer l’impact des déchets sur cette activité, un protocole a été mis au point. Il repose sur la comptabilisation et la caractérisation des déchets pris dans les engins de pêche (fileyeur et chalutier volontaires) durant une semaine aux quatre saisons. 

La différence des quantités de déchets récupérées dans le chalut et celles issues des filets des petits métiers est importante. Cette différence est à mettre en relation avec la nature même de la technique de pêche. 

Pour le chalutier :

  • De 2018 à 2019, le nombre moyen de déchets récoltés par campagne (5 jours) varie entre 74 et 237 soit une moyenne de l’ordre de 31 déchets par journée de pêche avec des volumes moyens de 47 L par jour.
  • La part des plastiques reste largement dominante avec 81% des déchets collectés dans les engins de pêches.
  • Les déchets les plus récoltés sont les bouteilles en plastique (30 %), viennent ensuite les bâches et les sacs plastiques (9 %) et enfin les chaussures et les vêtements (7 %).
Pollution de l'eau

Déchets ramenés à la surface par un chalutier en une journée

Bruno Ferrari / Office français de la biodiversité

Déchets ramenés à la surface par un chalutier en une journée

Bruno Ferrari / Office français de la biodiversité

Pêche professionnelle

Zoom sur le vire-filet du bateau de pêche "Chrismelan III"

Marion Brichet / Office français de la biodiversité

Zoom sur le vire-filet du bateau de pêche "Chrismelan III"

Marion Brichet / Office français de la biodiversité

Pour les fileyeurs :

  • Le nombre de déchets évolue entre 0 et 25 déchets par campagne soit une moyenne de seulement 1 déchet / jour et par pêcheur.
  • Les volumes sont par conséquents faibles en moyenne de 2 L / jour.
  • Dans les filets, on retrouve essentiellement des sacs plastiques (15 %), des contenants alimentaires (12 %) et des bâches / films plastiques (12 %).

De la terre à la mer

80% des déchets trouvés en mer proviendrait de la terre. Afin d’identifier les sources de pollution au niveau local et leurs dispersions dans le milieu marin, le Parc naturel marin s’est associé avec l’université de Perpignan (CEFREM) à une étude de marquage de déchets. 

L’étude consiste à marquer des déchets trouvés sur les berges de la Têt en période d’étiage et à les rechercher à l’embouchure et sur les plages après une crue. Cette action permet d’évaluer leur déplacement dans le fleuve et leur dispersion dans le milieu marin.
Les déchets dispersés sont peints en jaune fluo et certains sont équipés d’une petite puce RFID qui émet un signal détectable à une trentaine de mètres. 

Premiers résultats

  • Lors de la crue du mois d’octobre 2019, sur la quarantaine de déchets « tagués », la majorité a été retrouvée à l’embouchure de la Têt mais d’autres sont restés bloqués dans le fleuve. 
  • Une bouteille d'eau en plastique a pu être retrouvée enfouie sous 50 cm de sable, ce qui laisse supposer que certains déchets peuvent être provisoirement stockés et remis dans le circuit au gré des mouvements sédimentaires quelques mois ou années plus tard.
Pollution de l'eau

Déchet tagué dans le cadre du suivi visant l'identification de l'origine des pollutions

Marc Dumontier / Office français de la biodiversité

Déchet tagué dans le cadre du suivi visant l'identification de l'origine des pollutions

Marc Dumontier / Office français de la biodiversité

Tous impliqués

  • En parallèle de ces suivis, un travail de partenariat se construit avec les gestionnaires de bassins versants afin qu’ils luttent, en fonction de leur compétence, contre cette pollution et mènent des actions, comme ils sont amenés à le faire, pour les pollutions azotées et phosphorées, les pesticides ou toutes autres pollutions chimiques.
  • Les agents du Parc naturel marin réalisent également des enlèvements de filets perdusTout plongeur peut déclarer au Parc naturel marin la présence d’un filet perdu ou d’un gros déchet à l’adresse suivante : dechetsmarins.golfedulion@ofb.gouv.fr . Attention, la manipulation d’un filet sous l’eau peut être extrêmement dangereuse, cette action doit être réalisée par des plongeurs professionnels.
  • Tous les citoyens peuvent participer à la réduction du nombre de déchets en mer. Ramenez vos déchets chez vous et triez-les. Le meilleur déchet étant celui que l’on ne produit pas.